Interview Marie-Claire Magazine
Le cap que l’on choisit
Le cap des quarante ans peut se choisir plutôt que se subir. Voilà le pari de Marie-Virginie Collet Esch, quarante-cinq ans, professeure de yoga thérapeutique entre le Léman et le Mont-Blanc. Le changement hormonal, elle le sait, commence tôt : dès vingt-cinq ans, la fertilité décline et le corps amorce une bascule que la plupart des femmes traversent sans la voir, prises dans la maternité et le travail. Vers quarante ans, la périménopause rend soudain tangible ce qui travaillait en sourdine. Mavi elle-même l’a éprouvé dans sa chair, avec une hernie discale que son chirurgien a qualifiée de première dégénérescence. Le mot, brutal, l’a poussée à se documenter. Derrière les symptômes, elle a mis au jour un héritage longtemps resté silencieux. Les générations précédentes, marquées par une époque où l’on parlait d’hystérie et où les femmes étaient souvent réduites au silence, n’ont pas toujours eu les mots pour transmettre leur expérience. Aujourd’hui, ce silence se lève. Cette prise de conscience ouvre la voie à une nouvelle manière de vivre cette étape : comprendre ce qui se joue, s’écouter, demander de l’aide lorsque c’est nécessaire, et faire de cette transition un chapitre choisi, porteur d’équilibre, de liberté et de renouveau.
Un yoga qui épouse chaque corps
Dans ses cours, à Lausanne, à Pully ou en ligne, la performance reste au vestiaire. Chez Penates Art Yoga, les groupes se limitent à quatre ou six personnes, chacune reçue au préalable lors d’une séance individuelle d’une heure et demie pour retracer son histoire et bâtir une pratique sur mesure. Les noms savants des postures s’effacent au profit du ressenti, dans un cadre où l’on se sent écoutée et en sécurité. Face à une douleur, Mavi glisse un coussin, cherche l’ouverture douce plutôt que l’effort, invite à diriger l’attention là où ça bloque. Une femme de cinquante-trois ans, à qui l’on proposait déjà une prothèse de hanche, a retrouvé mobilité et confort en quelques semaines. « On passe par le corps pour toucher l’esprit », résume l’enseignante. La respiration apaise les émotions et met à distance les tensions du quotidien. Elle vise aussi l’autonomie, cinq à dix minutes de pratique déroulées seule chez soi, sans dépendre du professeur. Beaucoup se sentent allégées : « On laisse le sac de pierre dans le studio en partant. » Certaines complémentaires santé remboursent d’ailleurs ces séances, également accessibles à distance.
Chamonix, l’atelier du renouveau
Quatre fois par an, Marie-Virginie Collet Esch réunit un petit groupe de femmes au pied du Mont-Blanc. Trois jours de postures, de méditations guidées inspirées de Christophe André et Frédéric Lenoir, d’aquarelle et de pastels posés sur le papier, et une longue marche silencieuse en forêt. Vaia, sa bergère blanche suisse dont le nom signifie « celle qui guide » en grec, accompagne chaque randonnée, se postant presque systématiquement près de la participante la plus fragile, ouvrant une brèche d’émotion là où les mots manquent. Cette médiation canine agit en douceur. Ces parenthèses dessinent une autre manière d’aborder le passage hormonal, tourné vers ce que l’enseignante nomme une deuxième fécondité. « Les femmes sont belles comme elles sont. Le changement mérite d’être accompagné, et il peut être très joyeux, très beau », confie-t-elle. Son engagement dépasse le studio, avec le yoga qu’elle enseigne à des femmes et à des enfants en rémission de cancer. Sa réflexion se prolonge déjà vers des retraites de couple, que la ménopause fragilise souvent, et vers un sanctuaire à Chamonix réunissant salle de yoga, studio d’art et hébergement, attendu pour 2028.
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